Economie de la chine versus economie des Etats-Unis

chine_versus-etats-unisAvec l’évolution de la crise économique, de nombreux analystes semblent croire qu’une vérité universelle, mise en doute pendant quelques mois, s’est de nouveau confirmée.

Les Etats-Unis sont toujours au centre de l’univers économique.

L’économie américaine nous a plongé dans une récession et elle est aujourd’hui proche de nous en faire tous sortir – malgré l’annonce du vendredi 8 mai portant sur un nouveau demi million d’emplois perdus en avril aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis, responsables de la baisse de la consommation mondiale

Fin 2008, avec la nouvelle austérité des consommateurs américains et la non moins nouvelle réticence des banques américaines à prêter, d’autres pays ont dû faire face à de nouveaux problèmes. En effet la plupart des produits consommés aux Etats-Unis ne se sont bien évidemment pas fabriqués aux Etats-Unis.

Si la demande américaine en produits de consommation durables a soudain baissé, les plateformes mondiales qui soutiennent la production de ces produits ont pris le ralentissement de plein fouet. C’est pourquoi la production industrielle de pays tels que l’Allemagne, le Japon, Taiwan et la Corée du Sud s’est effondrée fin 2008. Et c’est en partie la raison pour laquelle le commerce mondial a implosé.

Il est évident que de nombreuses économies émergentes ont profité de l‘assouplissement des normes de prêt des banques américaines et britanniques dans la course à l’encadrement du crédit. Pendant le boom, les banques levaient facilement des fonds grâce à leur capacité croissante à créer des actifs titrisés et à les vendre à d’autres institutions financières, comme les fonds de pension et les compagnies d’assurance.

Certains des fonds levés ont trouvé leur emploi sur le marché américain du logement. D’autres fonds ont été prêtés aux entreprises et aux ménages du monde émergent. Pendant un moment, le boom des économies émergentes dépendait directement de leur capacité à attirer des prêts de banques occidentales.

La crise du crédit a cependant tari cette source de capitaux – ce qui explique pourquoi le G20 a été si enclin à augmenter le montants des fonds à la disposition du FMI. Le FMI intervient là où les banques occidentales ont fait marche arrière.

En d’autres termes, quand la situation des Etats-Unis s’est empirée, le reste du monde a suivi. En fait, pour de nombreux pays, les récessions de cette année sont susceptibles d’être plus profondes qu’en Amérique. Ils peuvent ne pas avoir à faire face aux problèmes des subprimes, à l’extrême laxisme des banques et à l’avidité des consommateurs mais ils sont devenus des clients économiques des Etats-Unis et donc dépendants de ces derniers.

Les Etats-unis plongent les économies asiatiques?

Il est facile d’être séduit par cette généralité mais la réalité n’est pas aussi tranchée. Il est vrai que le Japon fixe l’abîme économique depuis ces derniers mois, partiellement du fait de sa forte exposition aux Etats-Unis. L’économie japonaise devrait céder plus de 6 pour-cent avant la fin de l’année.

Et pourtant, de l’autre côté des mers, la Chine fait bien mieux. Selon Qu Hongbin, économiste chez HSBC pour la Chine, le Royaume du Milieu devrait enregistrer une hausse de plus de 7 pour-cent cette année, malgré une baisse brutale de ses exportations. Il y a quelques mois, de nombreux analystes pensaient que la Chine ne pourrait survivre à la débâcle économique mondiale.

La Chine, plus que toute autre économie, dépendait fortement de la demande américaine. Les produits pouvaient être conçus en Amérique et fabriqués par des entreprises américaines, mais tout le ‘gros oeuvre’ était réalisé dans les usines chinoises.

L’économie chinoise face à la crise

Il est vrai que l’économie chinoise a brutalement ralenti au dernier trimestre de l’an dernier, traduisant l’effondrement majeur des exportations.

La Chine a plus d’une corde à son arc – comme elle l’a prouvé pendant la récession mondiale de 2001. A l’époque, de nombreux analystes avaient démoli les perspectives économiques chinoises. Alors que les exportations diminuaient, l’économie nationale chinoise avait bien mieux réussi que prévu.

C’est toujours vrai. S’il se dessine aujourd’hui un consensus général stipulant que les pays doivent gérer le resserrement du crédit par une politique budgétaire expansionniste, la Chine est mieux placée que les autres.

Elle dispose d’un vaste excédent de la balance des paiements qui implique à son tour une absence de pénurie d’épargne nationale à partir de laquelle le gouvernement de Pékin peut lever des fonds à dépenser dans des projets d’infrastructure. Nombre de ces projets étaient déjà budgétés avant la crise. Il s’agit aujourd’hui d’avancer les dates d’achèvement de ces projets afin de donner un coup de fouet de la demande au cours des prochains trimestres au lieu des cinq ans à venir.

Crédits chinois ou Crédits occidentaux

Parallèlement, bien que les analystes occidentaux se soient inquiétés à plusieurs reprises des prêts non productifs acquis par les banques chinoises au fil des ans, la situation s’est aujourd’hui inversée.

Ce sont les banques occidentales qui ont effectué les prêts douteux et ce sont, ironiquement, les gouvernements occidentaux qui suivent aujourd’hui le modèle chinois de prêt ‘nationalisé’.

La principale différence réside pourtant dans le fait que les banques chinoises n’ont jamais cédé au jeu de la titrisation en premier lieu : leurs prêts ont été financés par de solides dépôts , réduisant le risque d’une crise du crédit nationale.

Quelle croissance face à la crise?

Bien que le développement soit soutenu cette année par rapport aux chiffres enregistrés ailleurs, le rythme de croissance de la Chine sera bien moins rapide qu’il y a quelques années. Plus tôt dans la décennie, des taux de croissance à deux chiffres étaient générés dans un mouvement d’horloge régulier : d’autres pays comme l’Inde souhaitaient imiter le miracle économique chinois.

Ces grandes années sont aujourd’hui derrière nous. Et l’économie chinoise ne représente que le tiers de celle de l’Amérique (et sa part de dépenses de consommation est bien moindre au sein du PIB).

Donc, à moins d’une accélération rapide par rapport à son rythme actuel, elle ne sera pas capable de compenser l’affaiblissement en provenance de l’extérieur.

Néanmoins, la faculté de reprise de la Chine modifie le caractère de ce repli mondial de deux manières principales. Premièrement, les nations productrices de matières premières – typiquement les grands perdants pendant les récessions en raison de l’effondrement de leurs cours – ont un peu mieux performé qu’habituellement.

La Chine est le plus gros consommateur de métaux et, après les Etats-Unis, le plus gros consomateur de pétrole. Les prix des matières premières ont beaucoup baissé en l’absence de la Chine. Pour le Moyen-Orient, des régions d’Amérique Latine, l’Australie et le Canada, ce sont de bonnes nouvelles.

Deuxièmement, pour les pays craignant leur dépendance excessive envers l’économie américaine, la Chine offre une opportunité de réduire leur vulnérabilité. Si le cycle économique chinois n’est pas parfaitement corrélé à celui des Etats-Unis, il est parfaitement sensé pour les pays de construire des relations économiques avec la Chine pour diversifier leur risque.

Dépendre des Etats-Unis ou de la Chine?

Pourquoi ne dépendre que des Etats-Unis, plus particulièrement si les Etats-Unis utilisent tous les  leviers connus pour décharger leurs problèmes économiques sur d’autres (en encourageant leurs banques à prêter nationalement, en poussant le dollar à la baisse, ce qui ressemblera à une défaillance pour les créanciers étrangers et en sauvant leurs industries nationales au dépend de la concurrence étrangère) ?

Si l’économie américaine est appréciée à la baisse par les créances des secteurs privés et publics à moyen terme, d’autres pays chercheront à trouver des partenaires commerciaux coopératifs.

La Chine cherche déjà le prix de ce processus, signant de plus en plus de contrats à long terme en yuans plutôt qu’en dollars, avec pour effet de transformer lentement le yuan en une alternative au dollar en tant que monnaie de réserve.

Bien que nous soyons encore à des années d’une économie mondiale dominée par la Chine, nous pouvons déjà entrapercevoir les premiers signes d’affaiblissement du statut de puissance hégémonique mondiale de l’Amérique.