La guerre des devises

Shinzo AbeLe premier ministre japonais Shinzo Abe a imposé à la Banque du Japon de franchir un nouveau degré dans son aventurisme monétaire. Plusieurs facteurs ont facilité cette mise sous tutelle de l’institution monétaire nippone : la situation économique du Japon est difficile, mais, surtout, tous les pays, sauf la zone euro, sont entrés dans un nouvel épisode de  » guerre des devises « . Chaque banque centrale tente du mieux qu’elle peut de faire reculer sa devise afin de stimuler son économie.

Les pays en guerre

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, depuis des années, tentent de manipuler leurs changes. Le Japon et la Chine ont récemment repris cette politique. Même la Suisse, contrainte et forcée, a adopté des mesures fortes et payantes pour juguler la hausse de sa devise, portée par la montée de l’aversion au risque lors de la crise souveraine en Europe. La zone euro ne serait pas totalement absente de ces arrière-pensées, quoi qu’en dise la Banque centrale européenne (BCE).

Les marqueurs de la guerre des changes

Natixis a développé un indicateur d’intensité de guerre des changes. Celui-ci fait montre d’un retour d’une guerre des changes, mais d’une intensité inférieure à celle des épisodes 2006-2007 et, plus récemment, à la fin 2010. Le signe le plus visible est les interventions sur le marché des changes des banques centrales, qui transparaissent via une forte volatilité des cours. En 2000, la BCE s’était fait remarquer, mais il était alors question de stopper le déclin de l’euro, qui cotait à l’époque près de 0,80 $ ! Plus récemment, la Suisse a fixé un seuil à ne pas dépasser pour le franc suisse (1,20 contre 1 €). Ces interventions apparaissent dans le volume des réserves de change détenues par l’institution. La Banque du Japon a aussi été longtemps coutumière de ces pratiques, avant de passer à une politique moins orthodoxe, comme la croissance de la base monétaire. Ce dernier outil est le plus utilisé par les banquiers centraux ces dernières années, surtout la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine.

Autre mesure pratiquée : fixer un taux d’intérêt très inférieur au taux de croissance économique. Enfin, la communication ne peut être exclue de ces dispositifs. Elle est pratiquée par la BCE, même si le Conseil des gouverneurs préfère parler de lutte contre les excès de volatilité des devises que de parité trop élevée.

Quel est l’impact ?

Le but recherché est une baisse de la devise qui relancerait les exportations.
Le surcroît d’activité permettrait des embauches, une progression des revenus et, in fine, une augmentation de la demande intérieure. Dans le cas du Japon, l’objectif est aussi de sortir définitivement son économie de la situation de déflation dans laquelle elle est engluée depuis des années, voire deux décennies. C’est la raison pour laquelle sa banque centrale a accepté de doubler sa cible d’inflation, de 1 à 2 %, en pratiquant des achats illimités d’actifs financiers dès 2014.

Le risque d’inflation limité

Non, ce risque est nul. Etant donné la conjoncture, la tendance est plutôt à la baisse des prix, donc à la déflation. Le problème de ce type de politique est le choc imposé à d’autres économies dont la monnaie se renforce. Parmi elles, les maillons faibles européens sont en première ligne.

La politisation du change crée un risque de perte de crédibilité de la banque centrale. Pis, ces achats massifs de titres d’Etat rendent les économies dépendantes de ce type de politique au bout de quelques années. Les banques se trouvent gorgées de titres sensibles à une hausse de taux (l’équivalent de deux fois le PIB au Japon). Une hausse des taux pourrait créer une crise bancaire ! Que faut-il anticiper comme évolution des changes pour les prochaines années ? La logique serait la poursuite de la baisse des devises les plus manipulées (yen, livre sterling et dollar). Mais une partie de ces évolutions est déjà dans les cours, notamment pour le dollar. De même, les devises refuges, comme le franc suisse et d’autres, devraient perdre de leur superbe du fait d’un retour à la normale sur les marchés avec l’affaiblissement du risque souverain en Europe.

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