La restructuration bancaire va amplifier la récession économique

Le plan retenu par le gouvernement, en accord avec les autorités européennes, est plus radical que le premier, rejeté par le Parlement chypriote. Il fait craindre la fin, en Europe, du dogme « too big to fail« .

Chypre a choisi. Le gouvernement chypriote a voulu faire échapper ses concitoyens, mais surtout les non-résidents, essentiellement russes, à une taxe bancaire, incluse dans la première ébauche du plan d’urgence rejeté par le Parlement de Nicosie. Le gouvernement a donc opté pour une solution qui concernera moins de déposants, mais dont le coût sera encore plus élevé pour ceux qui seront concernés. La solution est radicale : le secteur bancaire sera restructuré de manière drastique,avec une faillite ordonnée de la deuxième banque du pays. La Layai Bank sera ainsi scindée entre une bad bank et une good bank, laquelle sera, à terme, cédée à la première banque du pays, la Bank of Cyprus, elle-même réorganisée. Les déposants non protégés – ceux dont les dépôts dépassent 100.000€–en seront pour leurs frais ! De même, les actionnaires et les détenteurs d’obligations subiront des pertes.

Le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le Fonds monétaire international (FMI) prêteront 10 milliards d’euros pour financer le déficit public de 2013 à 2016. Le taux de l’impôt sur les sociétés sera porté de 10 à 12,5%,et une taxe sur la rémunération du capital sera instaurée. Des privatisations devraient générer jusqu’à 4,5 milliards d’euros de recettes. Tout cela est mis en place afin de limiter la dette publique à 120 % du PIB en 2020, et de réduire l’hypertrophie bancaire. Enfin, un contrôle des capitaux a été instauré, jeudi, pour éviter leur fuite, qui entraînerait une spirale déflationniste.

Sauvetage au prix élevé

Chypre est sauvée. Elle conservera l’euro, mais le prix sera très élevé. Au delà du coût pour les épargnants, rincés par la restructuration bancaire – les pertes pourraient atteindre 40 % de leurs avoirs, estiment certains experts –, l’économie va s’enfoncer dans la récession. Certains économistes craignent une purge à la grecque. Ils n’ont pas tout à fait tort car l’impact du de leveredge financier, contrecoup des crises d’endettement privé, est toujours violent. Surtout, la faiblesse de l’industrie (7 % de la valeur ajoutée) limite la possibilité d’un scénario irlandais. La réduction du déficit courant passera par une contraction de la demande intérieure, coûteuse en croissance.

Fin du « too big to fail » ?

Les marchés n’ont guère apprécié le détail de ce plan, particulièrement les bancaires (la plus touchée est la Société Générale, en recul de plus de 8% sur la semaine). En outre, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a précisé que, à l’avenir, les restructurations bancaires pourraient se faire sur la base de l’expérience chypriote.Dans ce cas,un modèle bail-in/bail-out serait mis en place, qui trancherait radicalement avec les plans grec, irlandais, portugais et espagnol.

« L’aide institutionnelle serait réservée au gouvernement, le secteur privé étant appelé à assumer ses responsabilités pour le sauvetage du système bancaire», souligne Alan Lemangnen, de Natixis. Pis, Jeroen Dijsselbloem a précisé que d’autres pays pourraient être concernés en Europe, avant de revenir sur ses propos. Certains ont pensé à la Slovénie, voire à Malte. La part des dépôts des non-résidents (hors zone euro) à Malte paraît encore plus déséquilibrée qu’à Chypre : 155 % contre 47 %. Cette prise de parole, alors que la Commission travaille effectivement à la mise sur pied d’un modèle de résolution des crises bancaires et que l’union bancaire est encore dans les limbes, est une maladresse, car elle accroît l’incertitude au sens de Frank Knight (1885-1972), estime Olivier Raingeard, chef économiste de Neuflize OBC. Cet économiste, fondateur de l’école de Chicago, estimait que, les risques étant probabilisables, les agents pouvaient donc anticiper et se projeter dans un monde risqué. En revanche, l’incertitude, elle, n’est pas probabilisable. Les anticipations sont donc impossibles à réaliser. L’union européenne serait dans cette situation, d’où la faiblesse des investissements et la perte de confiance des ménages. Selon Olivier Raingeard, « il faut donc retrouver une certaine stabilité dans la zone euro ». Nous en sommes loin. La situation politique italienne, avec la possibilité que les électeurs soient de nouveau appelés à se rendre aux urnes, repousse l’espoir d’une reprise. Et ce ne sont pas les commentaires du FMI sur la fragilisation des banques, due à la récession, qui y restaureront la confiance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *