La Société générale est-elle vraiment une banque risquée

Si l’ensemble du secteur bancaire a chuté au cours de l’été, la Société Générale a été particulièrement atteinte à la suite de rumeurs alarmistes allant jusqu’à évoquer une éventuelle défaillance. L’action a perdu la moitié de sa valeur depuis début juillet (elle valait 40,92 € le 30 juin), avec quelques séances de panique, telle celle du 10 août, au cours de laquelle elle a perdu 14,7 % (et même – 22 % en cours de journée).

Une crise de liquidité

Le risque de liquidité est le phénomène le plus dangereux pour une banque. Les dépôts reçus par la Société Générale couvrent actuellement 82 % des prêts qu’elle accorde (en raison d’un ratio de prêts sur dépôts de 122%fin juin), correct pour le secteur, et le reste provient d’emprunts de plus ou moins long terme, allant d’obligations adossées à des actifs (covered bonds) à des emprunts de court terme sur le marché interbancaire (3 mois ou moins). La grande crainte est que ce marché du refinancement ne se gèle, provoquant le défaut de paiement des banques qui en dépendent le plus. Les dirigeants de la Société Générale se veulent rassurants. A fin juin, 93 % du programme de refinancement à long terme de 2011 était assuré (soit 24 milliards d’euros), tandis que la part du court terme est progressivement réduite.

Le besoin de refinancement de court terme de 112 milliards d’euros à fin juin ne paraît pas non plus inquiétant, étant en partie «couvert» par un « coussin » de 60 milliards d’actifs liquides que la banque centrale peut prendre en garantie contre des prêts. Les banques européennes seraient toutefois actuellement confrontées à des difficultés particulières de refinancement en dollars. La Société Générale, qui ne possède pas, contrairement à BNP Paribas, de filiale américaine à même de lui fournir des fonds en dollars, a cependant réduit ses besoins de 72 miliards d’euros fin juin à 53 milliards mi-août. Et des options alternatives existent : utilisation des dépôts faits à la Fed, swaps euro/dollars, réduction de certaines activités de marché. Fin août, les analystes financiers du concurrent Exane BNP Paribas évoquaient aussi d’autres pistes : vente d’actifs, rotation plus rapide de certains actifs, etc. La vigilance s’impose donc sur ce point crucial, mais pas la panique.

Une crise de solvabilité

Le ratio de solvabilité core tier one, l’indicateur le plus regardé des marchés, correspond au rapport entre les capitaux propres du groupe et le total des engagements. C’est une sorte de filet de sécurité en cas de difficulté. Sur ce terrain, la Société Générale ne semble pas avoir à rougir. Afin juin, elle affichait un ratio core tier one de 9,3 %, non loin de celui de BNP Paribas (9,6 %), devant Crédit Agricole SA (8,9 %) et Natixis (8,6 %).

Mais des investisseurs craignent que les résultats de la Société Générale ne soient pas suffisants à l’avenir pour faire face à la montée des exigences en termes de fonds propres. Nous avons calculé que les résultats annuels « de croisière » de la banque permettent de renforcer les fonds propres de 8,5 % par an, ce qui est moins bien que BNP Paribas (12%)mais pas très éloigné de Crédit Agricole SA (8,8 %, mais sans intégrer l’intégralité du soutien potentiel des riches caisses régionales). Pour sa part, le président de la banque, Frédéric Oudéa, soulignait en août que le groupe « remplira ses obligations [Bâle III] en avance sur le calendrier » prévu par ces règles. Au pire, la Société Générale peut également améliorer sa solvabilité par des cessions d’actifs. Pour leur part, les analystes financiers d’Exane BNP Paribas estiment que, en cas de besoin, la SG pourrait aussi abandonner son dividende cette année et qu’une augmentation de capital est possible, mais sans être le scénario le plus probable.

Des risques souverains

La Société Générale n’est pas la plus exposée des banques françaises aux dettes souveraines européennes. Fin juin, la banque détenait dans ses comptes pour 5,6 milliards d’euros de dettes des cinq pays considérés comme les plus risqués : 1,6 milliard sur la Grèce, 0,3 milliard sur l’Irlande, 0,2 milliard sur le Portugal, 2,2 milliards sur l’Italie et 1,3 milliard sur l’Espagne. Le montant total équivaut à 12%de ses fonds propres, selon nos calculs, ce qui est plutôt inférieur au montant des autres banques françaises (BNP Paribas et Crédit Agricole SA sont en effet très exposés à l’Italie). On notera cependant que la Société Générale contrôle également une filiale en Grèce, la banque hellénique Geniki. Bien plus petite qu’Emporiki, la coûteuse filiale de Crédit Agricole SA, elle est cependant exposée à l’économie du pays et doit être recapitalisée d’ici à la fin de l’année.

Un risque subprime

Le risque subprime semble désormais bien loin. La Société Générale possède pourtant encore plusieurs milliards d’actifs « toxiques » de ce type et on ne peut exclure qu’une rechute de l’économie américaine n’ait une incidence sur leur valeur. Cependant, ces actifs ont déjà été très fortement dévalués par la Société Générale. Si bien que le cabinet d’analyses Blackrock estime même que ces actifs portent actuellement un potentiel de réappréciation de 2,1 milliards d’euros.

Le risque subprime peut également resurgir sous l’angle juridique. L’agence publique américaine Federal Housing Finance Agency a déposé, le 2 septembre, une plainte contre les banques qui auraient vendu des subprimes aux organismes publics Fannie Mae et Freddie Mac, dont la Société Générale, la seule banque française incriminée, pour un montant de 1,3 milliard de dollars (930 millions d’euros). La banque pourrait provisionner ce litige.

Une crise de défiance

A chaque crise, la Société Générale fait partie des valeurs les plus volatiles. Par ailleurs, des rumeurs de grave difficulté ressortent régulièrement, tel l’article démenti du Mail on Sunday du 7 août. Une fragilité légèrement supérieure à ses consœurs en matière de liquidité et de solvabilité mais, a contrario, une moindre exposition aux risques souverains n’expliquent pas cette particularité. Le profil d’activité un peu plus cyclique que ses concurrents fournit un début d’explication.

Mais la fragilité du titre tient pour une large part au facteur psychologique. Avant 2008, la banque avait déjà un caractère plus volatil en raison de son caractère plus spéculatif. L’affaire Kerviel, en janvier 2008, par le choc psychologique provoqué et surtout ce qu’elle a révélé sur la culture de risque de la banque, semble avoir conféré à l’établissement une image de vulnérabilité qu’il possède toujours malgré les mutations internes en cours. L’abandon cet été de l’objectif de résultat pour 2012 – jugé trop ambitieux dès son annonce en 2010 – et des affaires plus mineures (telles que celles concernant les activités de la banque avec le régime libyen) entretiennent une image de fragilité de la banque et donc de la volatilité.

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